C'est bon de vous voir
Le premier de ces shows aura un impact considérable pendant trois semaines en septembre : Sylvie retrouve son public à l'Olympia, avec la complicité de Bruno Coquatrix. En ouverture, une guitare en bandoulière, elle interprète une chanson de circonstance : "C'est bon de vous voir". Jamais Sylvie n'avait fait montre d'autant d'aisance sur scène : que ce soit pour faire rire (avec Carlos déguisé en singe !), pour émouvoir ou pour bouger avec Jojo Smith et ses danseurs. A la fin de l'Olympia, elle part en tournée en France et à l'étranger.
Dès son retour et juste après la retransmission télévisée de son nouveau spectacle dans le cadre de l'émission spéciale "Sylvissima", Sylvie se voit décerner par la profession le Triomphe des variétés 1970, équivalent des actuelles Victoires de la Musique.
En mai 71, elle se rend au Japon où elle enregistre 3 chansons en langue locale, dont la version nippone de "J'ai deux mains, j'ai deux pieds, une bouche et puis un nez". Elle se produira d'ailleurs à Tokyo où le public lui réservera son meilleur accueil.
Sylvie et Johnny affirment de plus en plus leur passion pour les Etats-Unis. L'été 71, ils en sillonnent une partie sous l'oeil de la caméra de François Reichenbach pour son film-reportage "Mon amie Sylvie". Cette même année, Sylvie renoue d'ailleurs avec le cinéma. Elle joue le rôle de Bets (une prostituée) dans "Malpertuis", un film de Harry Kümel qui sera présenté au Festival de Cannes. Sylvie est entourée d'Orson Welles, Michel Bouquet, Mathieu Carrière et Susan Hampshire. Mais ce petit rôle ne satisfait pas les exigences de Sylvie. Parce qu'elle y chante "Lui", elle considère qu'elle n'est pas employée comme une véritable actrice mais en tant que chanteuse donnant quelques répliques... Aussi décide-t-elle de renoncer au cinéma tant qu'on ne lui fera pas de propositions plus intéressantes. Elle décline ainsi des rôles dénudés ou destinés à n'assurer que la promotion d'un film. La chanson est décidément son seul vrai métier.
Pour lui je reviens
En 1972, elle monte donc un nouveau spectacle sur la scène de l'Olympia. L'été, elle répète à L.A. : 5 heures de danse par jour selon une discipline infernale.
En septembre, ce show est encore une fois triomphal trois semaines durant. Plus rock que le précédent, il accorde une place toujours plus importante à la danse. Vêtue de costumes d'Yves Saint-Laurent, Sylvie danse sur des chorégraphies d'Howard Jeffrey. Elle a également ajouté à son répertoire la chanson-hommage à son père. Le soir de la première de Sylvie, Johnny brille par son absence. Ces derniers temps, leurs relations se sont détériorées et certains journaux s'empressent d'annoncer leur rupture. Quand Sylvie interprète "Ne me quitte pas" de Brel, quelques journalistes inspirés y voient un message adressé à son mari ! En réalité, leur couple traverse une nouvelle crise dont ils sauront sortir rapidement.
Maritie et Gilbert Carpentier consacrent fréquemment leur émission de variétés à Sylvie. Cette année-là, les téléspectateurs pourront ainsi voir deux "Top à Sylvie Vartan" (en mai et en décembre), et un autre en 73 consacré à Johnny et elle.
Le début d'année verra Sylvie et Johnny au Brésil pour un séjour à la fois professionnel et privé durant lequel ils enregistrent des titres inédits, participent à des émissions et scellent leur réconciliation. En France, 1973 est l'année de tous les duos : Sheila et Ringo chantent "Les gondoles à Venise", Stone et Charden "Made in Normandie"... Sans grande conviction, Sylvie et Johnny y vont donc de leur propre duo : "J'ai un problème". Le 45 T. devient pourtant disque d'or et fera ensuite l'objet de nombreuses versions étrangères.
L'été, Sylvie part en tournée pendant 2 mois. A cette occasion, elle chante avec Johnny sur scène, opposant ainsi un démenti aux rumeurs de rupture qui couraient l'année passée.
En octobre, elle refait une tournée au Japon où sa chanson italienne "Caro Mozart" (d'après la symphonie 40) remporte un vif succès. L'accueil chaleureux qu'elle y reçoit est le même qu'en 65 ou en 71. L'année suivante, elle enregistrera pour le marché asiatique "La reine de Saba", tout un album de standards de la chanson (de Michel Legrand, Montand, Brel, Polnareff ou Piaf).
L'amour au diapason
Début 1974, les Carpentier proposent encore un "Top" à Sylvie : "Je chante pour Swanee". Cette fois-ci, Maritie Carpentier a écrit un véritable scénario de comédie musicale qui sert de prétexte à des tableaux en costumes rétro de la belle époque ou des années 20. Sylvie est tour à tour "Petite fille modèle", muse de peintre impressionniste et incarne même un Stan Laurel tout à fait convaincant (Carlos jouant Hardy, bien sûr !). Ce show est diffusé dans 33 pays et connaît un tel retentissement que RCA décide d'en commercialiser la bande musicale.
Une nouvelle ère a commencé : avec sa chevelure bouclée et ses longues robes, couverte de paillettes ou de plumes, Sylvie a tout d'une vamp américaine.
Sylvie et Johnny annoncent qu'ils souhaitent donner un petit frère ou une petite soeur à David. Mais en mars, une fausse couche mettra un terme à cet espoir. Par la suite, ils tenteront l'adoption, en vain. La DASS estime en effet qu'ils ont une vie trop instable.
Il ne reste plus à Sylvie que de se consacrer à son travail. Et elle tient le tube de l'été avec "Bye bye Leroy Brown".
Sylvie est à nouveau la vedette d'un show des Carpentier en mars 1975. C'est l'occasion pour elle de se prêter à toutes sortes de flash-backs. L'un d'eux la ramène à ses débuts, le nouveau duo "Toi et moi" évoquant sa rencontre avec Johnny. De mars à mai, elle renouvelle son expérience de la télévision italienne en tournant 8 shows "Punto e basta". Comme elle l'avait fait pour "Doppia coppia", Sylvie réenregistre en langue locale ses succès du moment ("Da dou ron ron", "Shang shang a lang"). Johnny y fera une apparition en interprétant "J'ai un problème" en italien avec sa femme. Puis, l'été suivant, ils chantent ensemble à Narbonne et se produisent au Canada pour deux concerts exceptionnels devant 30.000 spectateurs. Tous deux donnent l'image d'un couple très uni : l'amour est au diapason, mais pour combien de temps encore ?
Aux marches du Palais
Depuis que Jacques Revaux produit ses disques, Sylvie caracole en tête des hit-parades avec un tango estival "La drôle de fin" puis "Danse-la, chante-la" devient disque d'or à l'automne. Forte de ce succès, elle ambitionne de monter un nouveau spectacle. En presque quinze ans de scène, elle n'a connu que l'Olympia. Désireuse de donner une nouvelle dimension à ses spectacles, elle songe au Palais des Congrès. Son entourage le lui déconseille clairement : la salle n'est pas initialement prévue pour cela, elle est trop grande pour que Sylvie la remplisse, etc... Mais Sylvie est têtue. Grâce au soutien du producteur Alain-Philippe Malagnac, elle loue la salle contre l'avis général. Puis elle commence les répétitions avec Walter Painter, son nouveau chorégraphe américain. Le soir de la première, les critiques l'attendent au tournant.
Dès le lever de rideau, ils peuvent se rendre compte que Sylvie a fait les choses en grand. Les ballets de Walter Painter -le défilé de gendarmes, l'arrivée de danseuses de saloon ou le tango acrobatique- font un triomphe. Sylvie chante à guichets fermés du 4 octobre au 4 novembre 75 et pendant les 15 jours de prolongations en février 76. Suivent des tournées d'hiver, d'été puis d'automne dans toute la France.
L'année suivante, elle part se reposer aux États-Unis avec David, mais sans Johnny. La presse parle à nouveau de séparation et Johnny lui-même confirme : "Sylvie et moi n'avons plus rien en commun". Sylvie semble savoir ce qui fait pleurer les blondes...
Elle prend l'habitude de vivre quelques mois éloignée de la France et de la presse qui la laisse toujours sans répit. David va même en classe là-bas.
Dancing Star
Mais l'année 1977 voit son retour en France et sa réconciliation avec Johnny. Certains devinent dans son tube "Petit rainbow" un clin d'oeil sur ses démêlés avec lui.
Sylvie crée sa dernière émission de la série produite par les Carpentier, entourée de M-P. Belle, G. Chakiris, J-C. Brialy, Carlos, G. Lenorman et Michel Sardou. Avec ce "Numéro 1" (qui sortira en disque sous le titre "Dancing star"), elle réalise le show télévisé le plus "glamour" de sa carrière. Du 7 octobre au 9 novembre 77 et malgré un emploi du temps chargé (le tournage télé, un nouvel album), Sylvie présente un spectacle entièrement nouveau au Palais des Congrès. On la découvre plus vamp que jamais, arborant une robe en lamé fendue jusqu'à la taille ou des franges tigrées. Les ballets de son nouveau chorégraphe noir américain Claude Thompson sont très variés. Dans "Le temps du swing", Sylvie évoque les Andrew sisters. Pour "Tout le bazar" (tiré de la comédie musicale "Chicago") où elle porte un boa et un chapeau haut de forme, elle fait un prodigieux numéro de claquettes. La deuxième partie commence avec deux tangos, enchaîne sur du disco acrobatique et se termine sur un ballet très aérien. Sylvie a assurément bien mérité son titre de "Dancing star".
Après une reprise de son spectacle au Palais des Congrès du 20 mars au 2 avril, l'année 78 s'apaise quelque peu. Même Johnny semble assagi et fait une véritable déclaration d'amour à sa femme dans son autobiographie "Johnny raconte Hallyday". Si leurs apparitions communes se font rares, leurs tournées d'été se croisent pour deux concerts où ils chantent ensemble "It's so easy" et "Le feu" (qu'ils reprendront en 93 au Parc des Princes). Sylvie se montre effectivement plus discrète en France où la vague disco commence à déferler. Que ce soit Sheila et les B. Devotion, Patrick Juvet ou Karen Cheryl, tous chantent en anglais. RCA incite Sylvie -qui chante en anglais depuis ses débuts- à faire un deuxième album dans cette langue. Elle enregistre donc "I don't want the night to end" qui ne remporte qu'un succès d'estime en France mais sera en revanche très bien classé aux USA, en Angleterre, en Allemagne, en Italie ou en Espagne.
Si Sylvie n'est pas vraiment la "Disco Queen" qu'elle chantait l'année précédente, elle se rattrape largement fin 79 avec "Nicolas" qui n'est pas sans rappeler son titre fétiche "La Maritza". En plébiscitant cette nouvelle chanson, le public français manifeste sa préférence pour une Sylvie plus romantique.