Retour à Sofia
En octobre 90, avec la complicité de Maritie et Gilbert Carpentier, Sylvie et son clan (Tony, Eddie, David et sa jeune épouse Estelle) effectuent un pèlerinage en Bulgarie. Néné, la mère de Sylvie, trop âgée pour supporter le choc de ce retour, est restée à Paris. Le soir, Sylvie donne un concert à Sofia auquel assistent ses proches. Au cours du récital, elle rend hommage à son grand-père qui lui apprenait du Trenet en chantant "Le soleil et la lune". L'émotion est à son comble lorsqu'à la fin de "Mon père", elle fond en larmes devant un parterre de bulgares touchés au coeur. Avec eux, elle reprend d'une voix étranglée le refrain de "La Maritza" puis le chant révolutionnaire "Mila rodino", devenu hymne national après avoir été longtemps interdit. Les jours suivants, bouleversée, Sylvie retrouvera sa maison d'Iskretz ainsi que certains visages et paysages de sa petite enfance.
Ce concert (qui fera l'objet d'un CD live) et le reportage des Carpentier seront diffusés plusieurs fois à la télévision française tant ils demeurent ce que Sylvie a donné de plus émouvant à son public. A leur retour de Bulgarie, Eddie et elle, marqués par ce qu'ils ont vu, fondent une association humanitaire "Sylvie Vartan pour la Bulgarie" afin de venir en aide au peuple bulgare si démuni. Ils refusent provisoirement toute collaboration avec la croix rouge bulgare, pour éviter que les fonds ne tombent entre les mains de la nomenclatura.
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Je vous salue Paris
Sylvie est de retour dans les bacs à disques, mais n'a pas fait de scène parisienne depuis 7 ans ! Le public la réclame. Des rumeurs de retour sur scène avaient même couru en 88... Quant à l'intéressée, elle déclare éprouver une sensation de manque physique !
Les retrouvailles sont finalement programmées pour janvier 1991. Sylvie choisit le Palais des Sports où elle avait tant aimé chanter dix ans plus tôt. Le spectacle intitulé "Je vous salue Paris" est placé sous le signe de la nostalgie. Deux hommes sont à l'origine de ce bain de jouvence : Tony qui a toujours eu envie que sa femme chante pour lui ses anciens tubes et Etienne Daho. Ce dernier a influencé son idole et amie dans le choix des chansons à reprendre (Sylvie en avait oublié beaucoup). Comment ne pas faire confiance au flair d'Etienne à qui l'on doit "Quand tu es là" ?
Sylvie ouvre le spectacle avec "Par amour, par pitié" et interprète les succès qui ont jalonné sa carrière. Les chorégraphies très rock de Jerry Evans sont les plus modernes que Sylvie ait jamais exécutées. Pour "Donne-moi ton amour", elle est vêtue d'un body noir et de bottes à la Barbarella. La première partie s'achève avec "Comme un garçon" sur un ballet rap.
La deuxième partie est "Dahoïenne". Sylvie porte une superbe robe métallique signée Paco Rabanne. Elle reprend "Quand tu es là" et enchaîne avec ses choristes sur un medley Tamla-Motown plein de dynamisme ("Moi je danse"/"Garde moi dans ta poche"/"Je n'ai pas pu résister"). Le reste du spectacle réserve d'autres surprises : l'évocation du mariage de son fils ("Les enfants s'en vont"), les reprises ("Dancing in the street", "Imagine") et un retour à Nashville ("La plus belle pour aller danser"/"Te voici"). Merci Etienne !
Ce spectacle ne sera pourtant pas un succès. Sa qualité n'est certes pas en cause, mais la guerre du Golfe vient d'éclater et le public parisien est devenu peu enclin aux sorties... Sylvie doit abréger. Demi-échec seulement quand on songe que son spectacle tient tout de même l'affiche pendant trois semaines au Palais des Sports alors qu'au même moment la plupart des revues de music-hall, dont les Folies-Bergère, sont contraintes de fermer.
Sylvie effectue une tournée en Italie et au Japon où son succès ne sera pas démenti.
A la rentrée 92, elle sort "Vent d'ouest", son deuxième album chez Phonogram. Le clip de "Qui tu es", la chanson qui en sera extraite, est réalisé par la cinéaste Aline Issermann. Sylvie y bénéficie d'un scénario original et d'une très belle photo.
Leurs tendres années
En juin 93, Johnny Hallyday a 50 ans et donne trois concerts au Parc des Princes avec David et Sylvie. Contre l'avis de ses proches, elle décide d'y chanter "Tes tendres années" a capella devant 60.000 spectateurs très émus chaque soir. Le single marche bien (il figure parmi les 20 meilleures ventes), montrant que pour les Français, Sylvie demeure toujours associée à Johnny...
Dans les premiers temps qui ont suivi leur divorce, les relations entre Sylvie et Johnny avaient connu certains remous (dont un procès autour du versement de la pension alimentaire). Par la suite, ils avaient eu des difficultés à se revoir sans une certaine gêne. Le temps aidant, ils sont devenus amis avec, peut-être, une complicité indéfinissable en plus. Quoi qu'il en soit, certains journaux à scandale arrivent encore à titrer que leur amour n'est pas terminé...
La vie c'est du Cinéma
En août 93, Sylvie tourne "L'Ange noir", un film de Jean-Claude Brisseau. Sa rencontre avec le cinéaste remonte à 1990. Il l'aborde au Festival de Cannes pour lui dire son admiration pour elle : il avait choisi Vanessa Paradis dans "Noce Blanche" à cause de sa ressemblance avec Sylvie débutante. Brisseau lui fait part de son envie de la faire tourner dans son prochain film, Sylvie accepte. Il vient la voir au Palais des Sports et lui explique son projet. Le premier tour de manivelle attendra encore plus de deux ans.
Rien à voir avec les films musicaux ou la légèreté de "Patate". "L'Ange noir" est un audacieux film d'auteur que Sylvie considère comme son premier grand rôle. Dans ce film, elle incarne Stéphane Feuvrier, une ancienne prostituée et actrice de porno bisexuelle. Devenue une respectable femme de magistrat de la bourgeoisie bordelaise, elle commet un crime passionnel. Comme Godard avait tenté de le faire avec Johnny dans "Détective", Brisseau casse l'image de Sylvie. Elle est effectivement méconnaissable dans ce rôle de composition et se révèle une véritable et grande comédienne.
Lorsque le film sort, les critiques sont partagées. Si "Studio" ou "Première" n'aiment pas le film, "Libération", "Télérama" ou "Les Cahiers du cinéma" l'encensent. Et tous s'accordent à reconnaître les talents de Sylvie. A cette occasion, l'intéressée commentera avec humour : "il m'a fallu trente ans pour passer de la couverture de "Salut les copains" à celle des "Cahiers" ! ".
Sessions acoustiques
Entre temps, Sylvie a repris le chemin des studios pour réenregistrer ses succès préférés en version acoustique. Loin de vouloir faire du neuf avec du vieux, elle souhaitait surtout donner un nouveau souffle à des chansons que ni le public, ni elle n'ont oubliées : "Tous mes copains", "La plus belle pour aller danser", "Par amour, par pitié" ou "La Maritza", bien sûr. Quand elle présente ce nouvel album chez Nagui ("Taratata"), Sylvie révèle son nouveau look plus classique et ses cheveux désormais plus courts.
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Fin 94, Sylvie est doublement à l'affiche : "L'Ange noir" est dans les salles et une série de concerts est annoncée. Pour marquer cette actualité, Canal + diffuse un portrait d'elle intitulé "Sylvie sa vie" et elle participe à des interviews où elle se montre inhabituellement décontractée (avec France Roche ou Christine Bravo). Elle y évoque très librement certains sujets de sa vie personnelle. Son public parvient à mieux la connaître ; elle semble plus accessible que par le passé.
1995 s'annonce comme une bonne année : côté jardin, David lui annonce qu'elle sera bientôt grand-mère. En effet, sa femme Estelle attend une petite fille qui naîtra en mai. Ses parents auront alors la délicate attention de l'appeler Ilona, en hommage à la mère de Sylvie.
Côté chanson : le CD acoustique (réédité avec un bonus de 3 titres) se vend bien, dépassant 200.000 exemplaires en tout, et le clip "Quelqu'un qui m'ressemble" est bien diffusé. Sylvie est revenue !
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Casino de Paris
En janvier 95, Sylvie fait un nouveau retour sur scène. Après avoir songé à l'Olympia, elle choisit finalement le légendaire Casino de Paris. Le soir de la première, le public se demande à quoi va ressembler le spectacle. Une de ces revues à l'américaine auxquelles Sylvie nous a habitués ou bien un récital sur le modèle de sa prestation à "Taratata" ? Va-t-elle privilégier ses années 60 comme sur son dernier album acoustique ?
Dès les premières notes de musique, Sylvie, habillée de noir, émerge en se déhanchant du sol de la scène. "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes ?" chante-t-elle d'entrée, tout en affichant un air radieux. Les nouveaux arrangements de Philippe Delettrez rendent méconnaissables les tubes qui s'enchaînent : "Irrésistiblement", "L'amour c'est comme une cigarette"... La première partie où les guitares dominent est très rock. Elle se termine par un hommage au cinéma : Sylvie joue "Cyrano" un sketch de Françoise Dorin - qui montre, si besoin était, qu'elle est aussi une comédienne à potentiel comique - puis chante "Le cinéma" de Nougaro avant de disparaître sur un escalier.
Dans la seconde partie, elle se montre plus vamp. Vêtue d'une robe blanche pailletée, elle se love sur un fauteuil rouge, nous plonge dans sa Bulgarie natale et danse son fameux tango endiablé. Elle est aussi plus proche du public : elle le voit de plus près, le fait monter sur scène, lui fait chanter "Comme un garçon" et se fait prendre en photo avec lui ! Le spectacle s'achève sur une note plus grave : "Aimer", "La vie d'artiste"... Un soir Johnny monte sur scène, une autre fois c'est le fidèle Etienne Daho.
Sylvie fait un triomphe. Jusqu'à la dernière représentation, le Casino de Paris affiche complet et doit refouler ceux qui veulent encore acheter des billets. Même succès en tournée.
Back from L.A.
Mais Sylvie ne pouvait pleinement se satisfaire d'un plongeon dans son répertoire en chantant ses plus grands succès, même remis au goût du jour. L'été 96, elle pousse l'audace jusqu'à s'offrir les meilleurs auteurs-compositeurs du moment : Jean-Louis Murat, Luc Plamondon, Yves Simon, Marc Morgan et Richard Cocciante. A sa sortie, l'album "Toutes les femmes ont un secret" reçoit un très bon accueil tant auprès du public (100.000 exemplaires vendus) que des critiques. Ces derniers considèrent cet album comme le plus abouti des dix dernières années. A cette occasion sort le clip "Je n'aime encore que toi", confié de nouveau à Lydie Callier.
Sylvie décide alors de retrouver l'Olympia en octobre 1996, quelques mois avant qu'il ne soit reconstruit. Pour elle et son public, ces retrouvailles avec le music-hall de ses débuts sont très émouvantes. Ce spectacle sera présenté à guichets fermés pendant trois semaines, immédiatement suivies d'une tournée en France d'un mois, puis en juillet-août 97, sa tournée d'été mènera Sylvie de Monaco à Montréal.
Le soir de la première, quand le légendaire rideau rouge se lève et qu'apparaît sa silhouette inchangée, ses cheveux aussi courts qu'à ses débuts, on a du mal à croire que plus de trente années se sont écoulées depuis son fameux Olympia avec les Beatles. Un pincement au coeur nous vient en l'écoutant chanter "souviens-toi j'étais la plus belle pour aller danser" tant l'imparfait paraît injustifié. Autre moment fort : Sylvie remet la robe Saint-Laurent de l'Olympia 70 (qui n'a nécessité aucune retouche) et nous amuse en citant les articles détracteurs de ses débuts. Puis elle leur fait un pied de nez en dansant sur ses chansons des sixties dans le meilleur medley de sa carrière scénique. Cette fois-ci, la participation de ses choristes est plus active et son danseur Bruno Batlo est toujours bien présent.
Plus sobre, la seconde partie s'apparenterait à un récital si des numéros imaginatifs de Walter Painter (sur "Dieu merci" et "Donne-moi ton amour") ne venaient l'égayer. Sylvie finit le concert dans un ensemble blanc façon tennisman californien des années 30. Elle clôt le spectacle avec une superbe chanson "Quelqu'un m'attend", qui traite de l'adoption.
La presse people annocne alors que Sylvie et Tony souhaitent adopter un enfant venu de l'Est.
Darina
Certes, Sylvie est déjà comblée par sa "Kouklitchka", Ilona, et sa petite soeur Emma qui naît le 13 septembre 1997. Pour elles, elle enregistre deux albums de comptines traditionnelles en 97 et 98.
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Mais l'adoption la tenaille depuis ce jour où, à l'occasion d'un arbre de Noël organisé pour David, elle avait convié les enfants d'un orphelinat. Une fillette pourtant trop jeune pour s'amouracher d'une vedette s'était agrippée à Sylvie au moment de la quitter. Sylvie aurait voulu la garder auprès d'elle et l'idée de l'adoption a commencé à germer dans son esprit. C'est très certainement lors de son retour en Bulgarie, l'exposant à la misère de l'enfance que Sylvie a reconsidéré la chose et pensé -Tony et elle n'ayant pu avoir d'enfants ensemble- qu'une petite bulgare les comblerait. Sylvie et Tony ont entamé les démarches auprès de la DASS dès 1995 : entretien avec un psychologue, bilan de santé, etc... Un an plus tard, ils obtiennent l'agrément indispensable. Puis ils recommencent les démarches auprès du gouvernement bulgare. Ici, les origines de Sylvie ont vraisemblablement facilité les choses.
Enfin, un jour d'octobre 1997, Sylvie reçoit un coup de fil de Bulgarie : une fillette venait de naître qui l'attendait. Sylvie et Tony se rendent en là-bas mais doivent encore patienter.
C'est finalement le 21 mai 1998 que Darina entrera dans la famille. Sylvie lui consacrera d'ailleurs une chanson sur l'album "Sensible" qui sort à la rentrée.
Irrésistiblement... SYLVIE
Pour le plus grand plaisir des nostalgiques des émissions des Carpentier, Sylvie propose en octobre sur France 2, un show télévisé de plus de deux heures intitulé "Irrésistiblement... Sylvie". Elle participe à des duos surprenants avec Axelle Red, Michèle Laroque, Pierre Palmade mais aussi Richard Cocciante ou Etienne Daho et Françoise Hardy... L'humour est au rendez-vous lorsque Sylvie et Nathalie Baye interprètent "On a toutes besoin d'un homme", clin d'oeil appuyé à un autre invité, Johnny, qui chante d'ailleurs "Le bon temps du rock n'roll" avec son ex-femme, manière de lui rendre ce titre qu'elle avait voulu adapter dans les années 70. L'émotion n'est pas non plus absente puisque Sylvie chante "Mon père" accompagnée par David au piano et déclame "Aimer" avec Jacques Weber. Le succès de ce show est tel qu'il constitue le record d'audience de France 2 en 98 et donne lieu à la sortie d'un CD en mai 99.
Sylvie part ensuite se produire pendant près d'une semaine au Sweet Basil 139, un night club branché de Tokyo, et prépare dans le même temps son retour dans le nouvel Olympia.
Tour de siècle
Sylvie envisage un spectacle en rupture totale avec ses concerts précédents dans lesquels elle avait privilégié les orchestrations acoustiques et la sobriété dans la mise en scène. Cette fois la chanteuse décide de célébrer le passage en l'an 2000. Pour l'occasion, elle recrute Jean-Paul Gaultier qui avait déjà créé certains costumes de son récent show télévisé.
La première à l'Olympia a lieu en octobre 99. Le spectacle commence par un film-hommage à Mistinguett et sa chanson "C'est vrai" avant que le rideau ne s'ouvre sur Sylvie vêtue d'une robe longue d'époque (avec un col à plumes) : "Paris c'est une blonde" précède "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes ?". De même, "La drôle de fin" est remixée avec le "J'ai deux amours" de Joséphine Baker. Sylvie souhaite en effet rendre un hommage muscial à ce siècle finissant, "de Mistinguett au rock n'roll"... Suit un joli numéro dansé sur "Le temps du swing" et des images du siècle accompagnées d'un "Tourne, tourne, tourne" très gospelisant. Le ton est donné. Le clou du spectacle demeure un long "Century Medley" où défilent une quantité incroyable de chansons de Montand, Piaf, Fréhel, Maurice Chevalier, Bécaud, Aznavour, Ferré, Brel, Brassens,... entre autres !
Hommage aux années 60, la seconde partie est tantôt nostalgique ("Souvenirs souvenirs", "Tous mes copains", "La plus belle pour aller danser"...) et rock avec "Ma vérité" et un medley up-tempo qui s'achève sur "Le bon temps du rock n'roll". La scène devient un grenier étoilé qui accueille "Les robes" des spectacles passés. Beaucoup d'émotion également avec "Darina" que Sylvie ne parvient pas à terminer sans pleurer. Une combinaison noire et dorée à plumes très futuriste sera sa dernière tenue. C'est la fin de ce "Tour de Siècle" : "Rappelez-moi en l'an 2000" nous demande Sylvie avant de nous interpréter "Danse ta vie". Final avec "Ce n'est qu'un au revoir" sous une pluie de plumes dorées qui semblent provenir de son costume : on se croirait à la Saint Sylvestre !
L'Olympia ne désemplit pas jusqu'au jour de la dernière où Ilona et Emma accompagnées de leurs parents, mais aussi de la petite Darina, l'applaudissent pour la première fois.
Vient ensuite une tournée d'hiver au cours de laquelle les fans la suivent et le public la fête, approuvé par la presse locale. Certains journalistes s'amusent que la chanteuse qui avait amplement participé à la rupture musicale entre les années 50 et 60 rende aujourd'hui hommage aux chansons de ses parents. D'autres voient en elle la dernière reine du Music-Hall du 20ème siècle.